L’après Covid-19 pour les artisans du bâtiment

Lundi 15 juin, Paris et l’Île-de-France sont passés en zone verte, une bonne nouvelle supplémentaire pour les professionnels du bâtiment. D’après les dernières statistiques, le Covid-19 est en net recul. L’impact de la crise sanitaire s’atténue, la CAPEB (Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment) estime les surcoûts liés aux mesures sanitaires entre 10 % et 20 % du coût journalier pour ses artisans, mais malgré cela, elle entrevoie une embellie.

Le bâtiment repart, on assiste à une montée en puissance progressive de l’activité. Des règles de distanciations ont été mises en œuvre. Sur les gros chantiers une nouvelle compétence pour faire respecter les consignes d’hygiène et du port du masque a été créée : un référent « spécial Covid-19 ». La CAPEB a édité des consignes claires et des fiches techniques spécifiques, pour appuyer les consignes de sécurité. Un guide de préconisations a été mis en place par l’OPPBTP et il a été réactualisé 3 fois à ce jour. Ces différentes dispositions, comme l’achat de fournitures d’hygiène et le transport des artisans, pas plus de deux personnes par véhicule, ont multiplié les allers et retours et les coûts. Elles ont également entrainé une augmentation de la durée des trajets avec la reprise progressive du trafic routier. Ceci a eu pour conséquence qu’il est maintenant devenu difficile de boucler les chantiers dans le temps imparti. 

Un état des lieux plutôt positif

De nombreuses entreprises se relevaient tout juste de la précédente crise économique lorsque cette crise sanitaire à perturbé le fonctionnement même des entreprises, et parfois provoqué des dépressions et des dépôts de bilan chez des chefs d’entreprises démunis.

La CAPEB IDF a constaté que pendant la période du confinement il y a eu des destructions d’entreprises, mais en même temps un nombre de créations stable. 

Jonathan Salmon, Secrétaire Général de la CAPEB IDF reste confiant : « le gouvernement, la Préfecture de Région IDF, la Région IDF et aussi les chambres des métiers et de l’artisanat, les fédérations des assurances et des banques, et l’ordre des architectes et leur syndicat, sont restés à l’écoute des problématiques des artisans. Nous avons constaté une grande solidarité à la mise en place des différentes mesures sanitaires préconisées et de soutien à l’économie, que ce soit sur un plan pratique ou sur un plan financier. Par exemple, la Région IDF a fourni des milliers de masques vers la mi-avril étant donné que les chantiers en IDF ont repris bien avant le 11 mai. Tous ont soutenus la reprise du bâtiment et les artisans dans les difficultés rencontrées (aides financières d’urgence, prêts, activité partielle…). Notre partenaire Groupama a également soutenu nos TPE du bâtiment en leur offrant près de 36 000 litres de gel hydroalcoolique. Tout n’est pas encore résolu et nous continuons d’y travailler ». Début mai les professionnels du bâtiment constataient une perte d’activité en IDF de 75 % pour les petites entreprises, mais celle-ci n’était plus que de 38 % à fin mai. 

Une reprise en demi-teinte

Malgré la volonté de « faire repartir la machine », il existe selon les chantiers, plus ou moins des difficultés, le plus gros frein étant psychologique. La crainte de la contamination est encore présente sur les chantiers de rénovation chez des particuliers et dans des logements habités.

Pour Jonathan Salmon, avec l’éloignement du spectre d’une seconde vague du coronavirus, la situation va s’améliorer progressivement, et les occupants accepteront de faire rentrer un artisan chez eux devant l’urgence des travaux à réaliser : « Je tiens à rappeler qu’il faut rester méfiant car certaines entreprises récemment créées vont vouloir bénéficier de cet effet d’aubaine de travaux qui ont pu attendre, mais celles-ci ne sont pas forcements qualifiés. Dans la précipitation ces nouvelles structures vont passer sous les radars, je conseille aux particuliers d’être prudents et de s’assurer que la personne avec laquelle ils vont traiter possède les bonnes qualifications ».

Autre problématique d’ordre psychologique : les effectifs sont incomplets car certains salariés et certains dirigeants ne se sentent pas encore prêt à retourner à une activité, par peur d’être contaminés. Ces comportements de méfiance ralentissent la reprise et le retour à un niveau optimal. C’est environ un tiers de l’activité des entreprises qui est paralysée actuellement par ce blocage. Sur les gros chantiers un autre problème se pose : le ralentissement de l’activité dû à une main-d’œuvre détachée contrainte pour le moment au respect des règles de circulation dans l’espace Schengen. Pour les entrepreneurs qui ont commencé les chantiers conclus avant le coronavirus, ils doivent faire face à un problème de coûts, car les prix arrêtés avant la crise sanitaire ne tiennent pas compte des nouvelles dispositions. Le surcoût estimé de 15% avec investissement et mise en place annihile les marges des entreprises. 

La situation repartait bien avant la crise sanitaire, et la profession reste globalement optimiste. Jonathan Salmon précise : « La période juillet/août sera travaillée contrairement aux habitudes de notre profession. Nous attendons également la fin du feuilleton du second tour des élections municipales ce 28 juin et la mise en place définitive des conseils pour avoir une meilleure visibilité par la suite, car les communes et les intercommunalités sont des clients privilégiés pour nous ».

Si l’optimisme est de rigueur, la prudence est indispensable : ne pas faire n’importe quoi n’importe comment, et bien sûr respecter les consignes de sécurité. 

Source BATI WEB Anne Connin