Croissance : la reprise économique marque le pas

D’après l’Insee, l’économie française a continué pendant la pause estivale de récupérer du choc provoqué par le coronavirus. Mais le redressement s’annonce désormais « moins rapide », avertit l’institut, qui prévoit une chute de 9 % du PIB et chômage à 9,5 % d’ici à la fin de l’année.

Croissance : la reprise économique marque le pas
Au siège de l’Insee, à Montrouge. AURORE MESENGE/AFP

Un moteur à la fois « bridé et dopé ». C’est le diagnostic que pose l’Institut national de la statistique pour une économie française qui peine, en cette rentrée, à retrouver son niveau d’avant-crise malgré le rebond sensible engagé depuis mai avec le déconfinement.

→ LES FAITS. L’Insee prévoit un taux de chômage à 9,5 % à la fin de l’année 2020

Un moteur bridé car « les contraintes sanitaires, certes allégées, continuent de peser sur l’offre, tandis que la demande risque d’être anémiée par les incertitudes sanitaires et économiques qui persistent », note le dernier point de conjoncture publié mardi 8 septembre.i Pourquoi lire La Croix ?+La Croix vous explique, avec lumière et clarté, le monde qui vous entoure, afin que vous puissiez bâtir votre opinion.

Une contraction de 9 % du PIB

Mais aussi un moteur dopé parce que « dans le même temps, les politiques monétaires et budgétaires vont soutenir massivement l’activité », souligne l’Insee en référence aux mesures d’urgence prises par le gouvernement pendant la crise, à quoi s’ajouteront les premiers effets du plan de relance à 100 milliards d’euros annoncé le 3 septembre.

Conséquence directe de ce double mouvement opposé : « Sous l’hypothèse de stabilité des dispositions sanitaires », le redressement économique du pays devrait être « moins rapide » d’ici à la fin de 2020, anticipe l’Insee. Ce qui devrait se traduire par une contraction globale du produit intérieur brut (PIB) de l’ordre de 9 % sur l’année. C’est un peu moins, si l’on veut se consoler, que la récession de – 11 % sur laquelle tablait jusque-là le gouvernement.

Dans le détail, l’activité économique a poursuivi, en août, la remontée observée à la fin du deuxième trimestre. Après une chute spectaculaire de 30 % du PIB en avril par rapport à une situation normale, la perte a commencé à se réduire en mai (18 %) et en juin (9 %) et s’est poursuivie durant la pause estivale.

Des secteurs durablement affectés

Le mois dernier, l’économie française aurait ainsi fonctionné à environ 95 % de son niveau d’avant crise, comblant « les cinq sixièmes de l’écart » atteint au creux du confinement. Mais cette reprise pourrait marquer le pas aux deux derniers trimestres, notamment en raison des difficultés de certains secteurs – le transport, l’hôtellerie-restauration, le tourisme, les activités culturelles – qui continuent d’être affectées par la crise sanitaire.

« À la fin de l’année, l’activité économique resterait toujours en deçà de son niveau d’avant-crise, entre – 2 % et – 6 % en décembre, selon les différents scénarios », souligne l’Insee.

Le même mouvement s’observe s’agissant de la consommation des ménages. « Après avoir nettement rebondi en mai puis en juin », celle-ci « se serait maintenue aux mois de juillet et d’août à un niveau proche de celui d’avant crise », précise ainsi la note.

Le risque d’un choc de demande

Mais une grande incertitude demeure sur la manière dont les Français vont se comporter par la suite. Consentiront-ils à dépenser les quelque 100 milliards d’euros d’épargne forcée accumulés durant la crise ou préféreront-ils, au contraire, conserver cette épargne par précaution, par crainte des jours difficiles à venir ? « Le risque d’un choc significatif de demande » n’est pas à exclure, avertit en tout cas l’Insee.À lire aussiFace à une hausse du chômage, Pôle emploi va recruter

Sur le front de l’emploi, la perspective n’est pas moins préoccupante. Au premier semestre, plus de 700 000 emplois ont été perdus, l’intérim payant le plus lourd tribut. Un recul relativement limité – rapporté à la baisse d’activité – grâce au dispositif de chômage partiel, mais dont l’ampleur reste inédite puisqu’elle annule les hausses des deux dernières années.

Pour le second trimestre, l’Insee anticipe « une quasi-stabilité de l’emploi salarié », le « rebond modéré » dû au regain d’activité étant contrebalancé par « une contraction » attendue dans les secteurs plus durablement affectés.

La mauvaise nouvelle est à attendre du côté du taux de chômage qui devrait augmenter très nettement dès la rentrée et pourrait atteindre 9,5 % à la fin de l’année. « Soit 2,4 points de plus qu’à la mi-2020, pointe l’Insee. Et 1,4 point qu’un an plus tôt. »

Source INESSE